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Retour02 avril 2025
Marie-Christine Gaudreau - mcgaudreau@medialo.ca
Un milieu de vie pour adultes autistes créé sur mesure pour leur fils
Habitations Indigo

©Photo Médialo - Marie-Christine Gaudreau
Les Habitations Indigo représentent un investissement approximatif de 12 M$.
Hugo Labrecque et Marie-Claude Rodrigue ont un fils vivant avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Alors que celui-ci approchait l’âge adulte, le couple repentignois s’est inquiété pour son avenir. Que ferait-il après ses 18 ans, alors que les services se volatiliseraient un à un ? Que ferait-il une fois qu’eux ne seraient plus là pour l’accompagner ? Entrepreneurs aguerris, ils ont choisi de se mobiliser pour concevoir eux-mêmes le milieu de vie idéal pour Julien-Pierre. Sept ans plus tard, les Habitations Indigo prennent forme et doivent accueillir leurs premiers résidents dès l’été 2025.
« Comme parents, on avait une inquiétude. Il n’était pas prêt à aller en appartement tout seul, sans supervision, et on ne voulait pas l’envoyer dans une résidence de personnes âgées ou une RI [ressource intermédiaire] », confie Hugo Labrecque, membre fondateur des Habitations Indigo et père de Julien-Pierre, rencontré sur le chantier, à L’Assomption.
De l’autre côté, les parents souhaitaient plus pour leurs fils qu’une vie à la maison avec eux, à regarder le temps filer. De là a germé l’idée de créer un espace sécuritaire et épanouissant où les adultes vivant avec le même genre de défis que Julien-Pierre pourraient développer leur plein potentiel.
Combler le vide de services
En fait, le concept Indigo vise une clientèle aux besoins légers; les grands oubliés du système de santé et de services sociaux, selon les fondateurs des Habitations Indigo. Outre les personnes vivant avec un TSA, la maison qui a pignon sur rue à proximité du parc écologique, sur le boulevard de l’Ange-Gardien, accueillera aussi des adultes vivant avec une déficience intellectuelle légère ou un trouble développemental du langage.
« Cette clientèle-là tombe entre deux chaises, estime Hugo Labrecque. Ils ont des besoins, mais ce ne sont souvent pas des besoins aussi urgents selon les critères [du CISSS]. » Tout comme Julien-Pierre, plusieurs de ses camarades de classe se retrouvaient devant le vide une fois leur scolarisation terminée. Pourtant, avec un peu d’aide, ce sont tous des adultes qui ont le potentiel de développer leur autonomie et de contribuer à la société. C’est dans cet objectif que les Habitations Indigo ont été fondées.
Ce modèle d’habitation unique proposera des logements supervisés à prix modique à cette clientèle, mais aussi des plateaux de travail qui serviront de tremplin vers le marché de l’emploi. « Il y a un besoin de main-d’œuvre et cette clientèle-là est capable d’aller en entreprise et de donner un coup de main », remarque M. Labrecque.
Ainsi, les résidents auront accès à même leur milieu de vie à des plateaux de travail en cuisine, en agriculture et en réparation de vélos. Une cuisine commerciale et un café-bistro aménagés sur place leur permettront entre autres de développer leurs habiletés en préparation de repas, mais également pour le service. Une salle de réception pourra accueillir ponctuellement des événements privés ou de levées de fonds, où les résidents seront appelés à assurer le service. Le toit de l’immeuble accueillera quant à lui un grand jardin où les résidents s’initieront à la culture maraîchère. Fait non négligeable, les plateaux de travail et les ateliers qui seront proposés aux Habitations Indigo pourront également être ouverts à la clientèle TSA et DI non-résidente.

©Photo gracieuseté
Hugo Labrecque, Julien-Pierre Labrecque et Marie-Claude Rodrigue, membres fondateurs, devant l’immeuble en construction.
Contraintes budgétaires
Dans le cadre de leurs démarches, Hugo Labrecque et Marie-Claude Rodrigue ont pour l’heure réussi à obtenir du financement en services de la part du CISSS de Lanaudière pour 16 des 26 unités de la maison. S’ils espèrent qu’un budget supplémentaire puisse rapidement être débloqué, les fondateurs assurent que les 10 places restantes seront néanmoins ouvertes dès l’inauguration de la maison. Elles seront toutefois réservées à une clientèle nécessitant très peu de soutien. « Ce pourrait des personnes avec un déficit de l’attention ou un trouble d’apprentissage, dont le profil se marierait bien avec notre clientèle », évoque Hugo Labrecque.
Préconiser l’entraide
En cohérence avec la mission, les Habitations Indigo sont bien plus qu’un immeuble à logements abordables. Il s’agit d’un milieu de vie où chacun est appelé à contribuer aux tâches quotidiennes dans les nombreuses aires communes et où l’entraide et la camaraderie sont préconisées, et ce, toujours dans l’objectif de développer les aptitudes et habiletés sociales de chacun.
« Il n’y a pas un résident à l’heure actuelle qui a le même niveau d’autonomie ou le même niveau de progression. Mais certains, par exemple, sont déjà habitués de prendre le transport en commun. Ils vont peut-être aider les autres résidents à se familiariser. D’autres vont dire : moi je suis capable de faire les repas, viens je vais te montrer comment il marche ton four », suggère le fondateur.
À travers tout cela, les intervenants qui seront toujours présents accompagneront les résidents vers la vie autonome, par exemple, en les guidant dans l’accomplissement de leurs tâches ménagères, dans l’élaboration de leur liste d’épicerie, dans la gestion des dates de péremption, dans leurs démarches pour l’obtention d’un emploi rémunéré ou encore de leur permis de conduire. « L’objectif c’est de leur faire apprendre, de leur faire développer l’autonomie au maximum. »
À quelques mois du grand déménagement, Julien-Pierre est impatient d’intégrer son nouveau milieu de vie. « Ça va faire du bien ! Je vais être enfin autonome. Je vais pouvoir être un membre de la société », déclare-t-il. Depuis le tout début du projet, Julien-Pierre Labrecque est pleinement impliqué dans son élaboration. Ayant représenté la communauté autiste durant son passage à l’école Jean-Baptiste-Meilleur, celui-ci s’en est fait le porte-voix, afin que l’environnement corresponde à leurs besoins. Lumières ajustables, insonorisation optimisée, température ambiante constante; un grand nombre d’éléments ont été pris en compte pour assurer le confort des résidents susceptibles de vivre avec une hypersensibilité.
Enfin, d’ici à ce que les travaux de construction soient terminés et que les premiers résidents emménagent, Hugo, Marie-Claude et Julien-Pierre s’affaireront à tisser des liens avec de potentiels partenaires de la communauté qui contribueront au succès et au rayonnement des Habitations Indigo.
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Les appartements proposés aux résidents seront de spacieux 3 1/2.
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Plusieurs aires communes permettront aux résidents de développer des liens entre eux et de créer un sentiment d'attachement au milieu de vie.
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Tous les éclairages pourront être tamisés, et ce, dans le but de s'adapter aux enjeux d'hypersensibilité dont sont susceptibles de souffrir les résidents.
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Le toit vert servira de plateau de travail.
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Au café-bistro, les résidents pourront développer leurs habiletés en cuisine et pour le service.
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